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lundi 19 janvier 2009

44

C'est demain que Barack Obama deviendra officiellement le 44e président des États-Unis. Depuis quelques temps déjà, Washington est en liesse. De partout à travers le monde, on se déplace vers la capitale américaine afin de célébrer l'élection du premier président noir. Déjà, les spéculations vont bon train quant à son discours d'inauguration. Tandis que certains se perdent en paris aberrants, d'autres avancent qu'il pourrait s'agir de la plus grande adresse depuis celle de Kennedy en 1961.

C'est palpable et indéniable, un vent certain de renouveau berce l'Amérique. Après 8 ans de marasme, une lutte au terrorisme n'étant pas sans rappeler l'HUAC de McCarthy, les répercussions post 09/11 et le retour en Irak, voilà que le pays est plongé dans une crise économique sans pareil. Malgré tout cela, une lueur d'espoir transcende cette brume de négativisme: Barack Obama. Et cette seule lueur brille suffisament pour donner la foi à plusieurs Américains que des jours meilleurs sont imminents.

Le 4 novembre dernier, une nouvelle génération se présentait aux urnes pour la première fois, la communauté afro-américaine usait massivement de son droit de vote trop récemment acquis afin de faire élire un homme résolument moderne. Ce soir là, une page venait d'être tournée.

Depuis, l'image des États-Unis s'est grandement améliorée de par le monde. Bush est devenu un ardent défenseur des théories keynesiennes, la droite américaine semble se métamorphoser et j'ai l'impression que pour la première fois, les jeunes sentent qu'ils peuvent faire une différence, qu'ils peuvent décider du monde dans lequel ils vivront plus tard. On s'intéresse aux enjeux, on discute de solutions, des conséquences. La politique est redevenue une préoccupation pour plusieurs, le Daily Show de Jon Stewart est un incontournable, je suis sûr que de multiples débats activent jusqu'à tard nombre de maisonée. C'est exaltant non?

Malgré tout ça, n'en demeure pas moins que j'ai peur. Les attentes sont titanesques, frisant l'impossible à bien des niveaux. S'il semble acquis que la première décision de l'administration d'Obama sera de fermer Guantanamo, il reste que cela ne risque guère d'être effectif dans la prochaine année. Et que sera-t-il fait des aveux obtenus sous la torture? Et c'est comme ça pour plusieurs dossiers. Complexe, complexe, allégeance politique de Guy Bertrand. La machine burocrato-politique est d'une lourdeur incroyable et les dissensions sont majeures quant aux façons d'attaquer les multiples problèmes qui se présentent actuellement.

Les sondages le disent, les blogs américains le crient, les journaux le confirment, nos voisins du Sud ont une foi profonde envers leur nouveau leader. Demain commence un mandat de 4 ans et j'espère qu'il sera porteur de grand changement. J'espère surtout qu'on saura être réaliste, parce que les révolutions à venir seront longues et ardues.

God Bless America (Parce que j'avais besoin une fois dans ma vie de finir un texte avec ça)

mercredi 29 octobre 2008

La lente course

Sylvie est discrète, invisible même pour l'oeil insolant qui s'égare trop peu. Elle se fait petite. L'instinct de survie qu'ils appellent. Mais quand on s'y arrête, elle est belle. Elle trouble aussi. Elle a une chevelure brune, simpliste. Des yeux gris d'une tristesse à s'en déchirer l'âme. Et un sourire qui évoque trop souvent larme, des rires qui ont perdus leurs éclats, comme des bibelots au lustre parasité par les affres de la vie, du temps insolent de la justice. Lorsqu'elle veut se mettre belle, elle enfile une robe longue au tissu usé, délavé, d'un rouge qui fut plus vif à l'époque où elle l'acheta modestement dans un marché aux puces tandis que le soleil brillait bien plus qu'il ne l'a fait depuis trop longtemps. Elle se met du Rimmel bon marché, un parfum stérilement capiteux, un rouge à lèvre trop terne. Or rare sont les fois où elle se maquille pour s'embellir. Trop souvent, elle le fait pour masquer des ecchymoses. C'est que l'histoire de Sylvie est affligeante.

Elle vit dans un petit quatre et demi insalubre d'un quartier mal famé de Montréal avec sa fille et son chum. Avec sa fille de seize ans, qu'elle aime tellement qu'elle en pleure souvent le soir à en noyer son oreiller tandis que celui de sa fille demeure intouché puisqu'elle courre d'une ruelle à l'autre cherchant tout en ne trouvant rien. Sa fille pour laquelle elle veut rester jeune, s'habillant grotesquement avec des vêtements achetés dans le rayon pour adolescente d'une froide multinationale. Sa fille à qui elle pense lors de ses interminables soirées au snack du coin où elle travaille d'innombrables heures, ses mollets se crampant à cause de ses talons stratosphériques, son derrière mainte fois tâter pour des pourboires à peine un peu plus gros. Sa fille a qui elle dit trop peu.

Avec son chum, un être infecte. Un corps moche déformé par nombre d'années d'alcoolisme, deux décennies de travail routinier dans une sombre usine. Un dépôt humain comme roi-détritus dans un appartement royaume du déchets récrémentiels. Son conjoint qui ne manque jamais de la doucher de ses postillons tandis qu'elle cuisine sempiternellement les mêmes repas. Qui ne manque jamais de la tabasser lorsque son regard quitte le sol pour venir croiser ses yeux globuleux.

Sylvie n'a pas vraiment d'ami. Au plus, elle a un regard compréhensif de ses voisines qui ne manquent guère d'entendre les claquements sourds, les invectives vociférée pompeusement par une voix d'ordinaire grumeleuse dérangeant le silence de nuits qui deviennent alors plus sombres. C'est l'omertà. La valse du détournement des regards, une chorégraphie sanguinaire des plus morbides.

Elle a bien peu de loisir, si ce n'est que ses escapades du dimanche soir. Alors que la ville dort, des milliers de gens suspendus à leur téléviseur, son mari obnubilé par le vieil écran cathodique crasseux leur servant de télévision, elle enfile un paletot défraîchi et sort. Elle se perd, elle se découvre pour ironiquement pleurer sa misère. Elle titube, ses yeux embués tandis que les rares passants étiquettent: paumée.

Elle a mal.

Et pourtant elle reste. Elle a peur, elle aime, un masochisme culturel que lui avait légué sa mère asservie et son père qui la bordait avec une intimité agressive chaque soir. Elle se convainc docilement que le bonheur est relatif, son universalité utopique. Elle court après un sens, sa modeste bibliothèque remplie de livres de psychologie achetés usagés lui apprenant une docilité résiliée. Parce qu'il faut demander et ensuite recevoir. Mais ne pas demander trop. Elle reste pour vivre. Pure prostitution de survivance, drame quotidien. Elle endure parce que son conjoint apporte eau au moulin. Une eau souillée, boueuse, mais la roue tourne, sa fille mange et se vêtit, baumes sur plaies. Elle accepte la violence. Il l'amène au restaurant, au cinéma pour se faire pardonner. Ils appellent cela leurs sorties de couple. Criminelle rédemption.

Puis un soir, sa fille rentrera à la maison, complètement défoncée, et retrouvera sa mère, tuméfiée, gisant sur le plancher. Morte. Elle n'appellera pas la police, méfiante du système. Elle sortira du logis, apeurée. Claquement de porte, nuit noire, silence. En courant, elle ira rejoindre le salace crapoteux qui lui vend sa came. Au bout de la soirée, elle terminera dans son lit, plus amorphe que consentante. Son hymen tristement déchiré pour assouvir le pouacre qui lui fait cadeau de la plus empoisonnée des hospitalités qui soit. Et dans ses yeux au vide infinie, pas une larme.

lundi 22 septembre 2008

Dansons

Chaque fin de semaines, les nombreux disciples revêtent leurs plus beaux atours. Le code vestimentaire est strict, le jugement dur et facile. Les monastères se bondent, les églises se remplissent, c'est l'ère des nouveaux temples, on vient communier collectivement et s'abreuver du plus alcoolisés des sangs. Loin d'être croyants, c'est plutôt leur désaveu, leur scepticisme qui les unissent. On entame les psaumes selon Kanye, Justin, Rihanna, Britney. On écoute les homélies d'Eminem, de Diddy.

On est pas croyants mais ont la foi. Celle de trouver mieux. Et en attendant, on se saoule, oublie, se frotte, s'amuse. C'est le désabus et tout le monde a bien bu. On recherche les pécheurs, les penseurs. La différence, la conscience, tant de capitaux péchés. Les vitraux tremblent sous les assauts de basses battant la cadence des déhanchements indécents de fidèles qui bien plus que paradis cherchent septième ciel.

On se dit libres esprits, libertins pratiquants. On est pourtant esclave. Assujetti aux évangiles de Lacoste, de Puma, assoiffé des épitres de Quiksilver, tributaire des lettres de Calvin Klein apôtre aux épicuriens. Et on danse. Oh on danse, se jauge entre complices, se sélectionne sur de bas critères. On se frictionne mutuellement, comme une onction épidermique, le baptême sempiternel du sexe tel rite purificateur.

Et on dépense. C'est la communion inverse, une eucharistie monétaire à sens unique, le sacrifice à la Grande Mère Amusement. La lutte à montrer qui sera le plus pieux, le plus charitable, le plus départi de ses écus, comme l'était Job de son fils. Car tout ça berce dans le plus paradoxal respect. L'entente de bercer dans le ridicule collectivement, d'ensuite se juger silencieusement, ne brisant guère le voile d'une superficialité spirituelle. La plus hypocrite des compétitions, une salse de dévots débauchés aux vertus malléables.

Et on a peur, surtout du vide.

mercredi 17 septembre 2008

Campagne de peur.

Les campagnes électorales battent leur plein tant au Canada qu'aux United States of America et je trouve ça démoralisant de suivre le tout. Mordu de politique comme je crois l'être, il n'en demeure pas moins que je deviens dangereusement blasé. J'écoute des spots publicitaires sur Youtube et ça me fesse.

Campagne de peur.

On passe 95% du temps à dénigrer le parti opposé, le 5% restant étant pour dire que l'on approuve ce message. Pas de projet (où est le plan vert de Dion Boy?), pas de politique rassembleuse, pas de message positif et porteur. On ne dit pas de voter pour soi, on dit de ne pas voter pour l'autre. Dégueux non?

J'ai peut-être une vision très utopique de tout ça mais j'ai peine à croire que l'on peut se coucher le soir après avoir passé 18 heures à dénigrer quelqu'un et sentir que notre journée a pu servir à l'avancement collectif.

Je pense que nous faisons face à de nombreux défis actuellement, tant au fédéral qu'au provincial. Le taux d'endettement devrait mobiliser les gens. Plusieurs infrastructures sont à refaire, la bureaucratie est à moderniser, la réforme scolaire est à revoir, le système de santé doit être questionné, le Sénat est désuet. Et pourtant, ce sont les demies vérités, la mesquinerie et la démagogie qui règne. Influence Communication nous apprenait que les gens se foutent éperdumment de la campagne. Cynisme généralisé.

Et pourtant, pourtant...

Je pense que de nombreuses choses peuvent être faites. La fin d'une opposition qui s'oppose pour la forme. Une opposition qui propose plutôt que s'oppose. Le sous-entendu collectif que le but en politique devrait être d'aider les gens bien plus que de se faire élire, faire ses 2 mandats et collecter pénardement sa pension à vie. L'instauration de l'axiome du bon sens comme mode de gérance.

Rendre la politique à nouveau alléchante pour l'"élite". Donner le goût à nos meilleurs de s'impliquer, offrir des salaires concurentiels avec le marché privé. Il m'apparaît évident que la classe politique est amputé de nombreux gens intelligents, compétents, sensés, simplement parce qu'implication dans ce milieu est aujourd'hui synonyme de soif de pouvoir, magouilles et autres aux yeux du public. C'est mal vu, pas le goût d'aller là, et cetera, et cetera.

Il faut instaurer un climat d'excellence. Ne pas se comparer à la moyenne mondiale, nord-américaine ou canadienne. Se comparer avec le sommet. Établir le meilleur comme objectif de base. Ayons soif de connaissance, d'amélioration.

Examinons en profondeur les systèmes de santé français, italiens et espagnols. Inspirons nous des systèmes éducationnels finlandais et japonnais. Analysons le modèle sportif australien. Étudions l'approche du privé préconisé par le peuple suèdois. Le savoir est ambient, partout sur la planète, des centaines de nations expérimentent, trébuchent, se relèvent, s'améliorent. Ouvrons nos yeux, la curiosité intelligente est la voie la plus rapide de l'évolution.

Apprenons à faire fi des allégeances, éviter les débats stériles, débattre sans idée indélogeable. Il faut se servir des nouvelles plate-formes pour que surgissent de nouvelles idées. Arrêter d'insulter les gens inutilement. Stopper les dialogues de sourds. L'effervescence économique mondiale est beaucoup trop forte pour que nous restions dans notre marasme. Les opportunités sont trop nombreuses pour s'encrasser dans toutes les petites guéguerres qui règnent. La gauche et la droite ont mutuellement bien plus à s'offrir qu'elles ne semblent le croire.

Ouvrons nous sur le monde, exaltons nous des multiples possibilités qui nous sont offertes collectivement et des choix cruciaux qui doivent être faits. Parlons du futur, du monde que nous souhaitons pour nos enfants, du problème environnemental. C'est de ça dont il devrait être question.

La campagne est bien entamée et pourtant, aucun mot là-dessus...

vendredi 29 août 2008

Orateur

Barack Obama clôturait ce soir le convention démocrate qui venait officialiser le choix de sa personne comme candidat du parti de l'âne (erratum ma parole!) en prévision des élections de novembre prochain. Pour se faire, l'homme se prononçait devant une foule de 75 000 personnes, 45 ans jour pour jour après une des allocutions les plus célèbres, intelligentes et émouvantes de l'histoire, celle du I Have a Dream de Martin Luther King. En quelque sorte héritier spirituel du pasteur, le sénateur de l'Illionois y est allé d'un discours très inspirant, brillant, n'étant pas sans rappeler sa surprenante et délicieuse intervention à la convention de 2004.

Je regardais ça dans mon salon, électrisé par la foule survolté, par le ton de l'orateur, la justesse de ses mots, le dosage parfait de ses attaques, la contagion de sa passion. Je percevais une intelligence rare, un raffinement délectable. Presque pas de raccourcis, de facilités, le temps pris pour bien faire les choses.

J'ai hâte de voir tout ce qui en découlera, même si je demeure méfiant, cynique. Je viens de terminer 99 francs de Frederic Beigbeder, la plus grosse charge de cynisme sous sa forme la plus pure et la plus savoureuse qui soit, et je me sens donc réservé, un peu distant face à tout ça. Et malgré tout...

Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ici, à la politique québécoise et canadienne. Même si, comme beaucoup de trucs aux States, la politique là-bas est une bonne partie de show, je ne pouvais m'empêcher d'y envier la passion, la mouvance qui la caractérise actuellement. De voir tant de gens réunis pour un discours politique, suspendus aux lèvres d'un politicien, ça me fait rêver à des sottises. Du genre des changements. La dernière fois qu'on a pu observer quelque chose du genre ici, je crois qu'il faut remonter à Bourgault et peut-être Lévesque. Ça fait mal.

Et puis on peut aussi se demander. Est-ce que les orateurs sont nécessaires afin d'intéresser un peu les gens à la politique? Est-ce le cours normal des choses? Est-ce utopique d'espérer un intérêt naturel pour les gens qui influencent directement notre quotidien? Je ne sais pas trop. Tout ce que je sais c'est que ça en prendrait sans doute plus du genre d'Obama. Quoique, attendons voir premièrement s'il sera élu (beaucoup de doutes) et ce qu'il fera de son mandat. Vivement novembre.

mercredi 6 août 2008

Paradoxe

Il fait nuit noire. J'aime bien me promener tard le soir dans une ville où l'effervescence se fait discrète, une ville qui une fois le crépuscule devenu souvenir, devient comme une compagne à fidélité introublable. Je marche erratiquement parmi cette cité de béton, laissant errer mon regard avec une désinvolture quasi érotique parmi ces temples froids et sourds. Je divague sans but, m'évadant ainsi des multiples et carnassiers carcans trop souvent synonyme du soleil. C'est plutôt la lune, de son bienveillant désintéressement, qui illumine mon sinueux parcours d'un faisceau timide.

Lentement, je respire, me soulant à pleines voluptés de ces odeurs qui habitent cette dense atmosphère. Petit à petit, perceptiblement, le gaz carbonique, résidu des milliers de voitures ayant parasité les pavés vieillissant de cette ville si riche, s'évade, se fait oublier, presque désolé de troubler le doux parfum que chaque vague du fleuve amène, coupable de déranger cette équilibre si parfait qu'est celui de la nature. J'inspire à pleins poumons, me délectant des arômes de raffinés épices qui émane de la tardive cuisine d'un petit bistro étonnamment bondé. J'inhale la brûlante fragrance d'une passante au regard de braise.

Comme peu souvent, je me sens en paix. Apaisé par cette consommation sans retenue de ma solitude que je chérie bien plus que je n'ose l'avouer. Loin des sottes considérations trop souvent en provenance d'autrui, je me vautre dans l'indifférence que je provoque, exalté d'une liberté sans bémol. Je saisis ce moment, cette courte période où tout le paradoxe sociétaire est éclatant de par sa magnificence. Alors que le réflexe humain amène à se définir selon la masse, c'est dans ces instants d'unicité que je saisis pleinement un identité que j'ai la frivolité de croire mienne, une personnalité que je me perçois propre. Grisant.

Je prends une pause, mon aléatoire itinéraire m'ayant mené à un point où il m'est permis d'admirer la ville dans toute sa splendeur. À perte de vue, des édifices, des enseignes, de disparates lumières. Un paysage de ciment modelé par de multiples mains, comme un surréaliste tableau peint par des centaines d'artistes égocentriques. Un calme plat règne tandis que le sombre panorama semble immobile.

Je tends l'oreille, écoute ce silence, troublé par ce mât mutisme. Il y a dans cet absence de son un mystère profond, une troublante aporie. Alors que le son du silence engourdi mes tympans, je scrute l'horizon, médusé que tant de vie puisse se faire aussi subtile. Une telle discrétion me paraît indécent.

Dans sa chambre tapissée de posters, une jeune fille de 14 ans se dénudent devant sa webcam, vorace d'attention qu'elle n'a jamais suffisamment reçue. Dans une salle aseptisé d'hôpital, une femme donne la vie, sa main étant serrée par son mari fortement ému par tant de beauté. Dans un miteux appartement, un jeune homme paumé pleure en se masturbant. C'est qu'il pense à un autre homme. Près d'un foyer, un père lit Cendrillon pour la centième fois à sa petite fille qui s'est endormie dans le creux de son bras, le sourire aux lèvres. Dans les confins d'une ruelle, une pute s'envoie une dose d'héroïne avant d'aller se faire baiser par un homme obèse ignoré par sa femme depuis 5 ans. Agrippée à son téléphone, une femme se réconcilie avec sa mère après 15 ans de mésententes mutuelles.

Et pourtant, haut perché, je n'entends rien. Rien de tout ça ne transcende de cette ville dont le calme me semble désormais morbide. L'opacité de la cité étouffe les multiples émotions qui s'y vivent, comme un vice qu'on souhaite caché, cruellement invisible. Je suis là et je n'entends rien. Les bruits devraient être multiples, un tintamarre d'exclamations, tant tristes que joyeuses. Cependant, je demeure sourd, impuissant devant un tel tapage silencieux.

vendredi 25 juillet 2008

Littérature

Je parlais à une de mes voisines qui se gâtent de vivre la vie de tout le voisinage par procuration, la sienne n'étant visiblement pas à la hauteur de ses attentes, lorsqu'elle s'enquit de ma condition oculaire et des maux qui m'encombraient. Lorsque j'affirmai qu'une des choses que j'avais trouvé le plus ardu fut de ne pas pouvoir lire de livre durant la semaine, elle changea abusivement d'expression faciale. On aurait dit que je venais de dire "Eille, stu moi ou Benoit Gagnon yé fourrable en TABARNAC?".

Depuis mon tout jeune âge, je lis beaucoup. Haut comme 3 pommes, je dévorais la Courte Échelle. Jeune adolescent, je me gavais de Frissons puis plus tard de King. Vint ensuite les Orwell, Huxley et cie. Puis aujourd'hui, c'est beaucoup plus hétéroclite. Plus pauvre (et jeune), je fréquentais les bibliothèques où j'étais entouré de vieilles femmes de 80 ans et d'intellectuels pompeux de 50 ans. Très rarement, je voyais des gens de mon âge oser venir bouquiner.

Hier, je suis allé au cinéma voir The Dark Knight (très bon). C'était rempli de gens. Partout, les salles sont bondées, les club vidéos sont achalandés, les dvd se vendent bien malgré les coûts grimpant. Et pourtant, dans ma vie, il n'y a que 2 ou 3 adaptations cinématographiques que j'ai trouvées supérieures aux livres: The Shining, Fight Club et peut-être À l'Ombre de Shawshank. Pour le reste, j'ai toujours aimé mieux le livre: plus complexe, plus approfondi, plus long, plus intéressant. Malgré tout, la littérature fait piètre figure par rapport au 7ième art.

Si j'avais à trouver une cause à tout ça, je pointerais sans le moindre doute l'école. Fanatique de littérature, j'étais moi-même plus souvent qu'à mon tour fortement ennuyé par les médiocres livres qu'on nous fournissait dans nos divers cours de français. Combien d'histoire d'indien dans le nord avec son chien j'ai pu lire. Combien de récit de gamins violentés à l'époque de Duplessis.

Et même quand on décidait de nous mettre quelqu'un chose de sympathique sous la dent, quelque chose susceptible de susciter un intérêt pour la lecture, on gâchait tout. Je me souviens qu'une fois, on nous avait fait lire la nouvelle Un élève doué de King, un récit sombre d'un jeune garçon brillant dont la fascination pour les morbides crimes nazis entraînera un déclin mental troublant. Alors que tout ça aurait pu s'avérer une porte d'entrée pour une discussion sur les génocides, la nature humaine, la fascination pour les choses plus sombres, on parlait plutôt du type de narrateur, des différents procédés littéraires et de l'ordre des péripéties.

Je n'ai eu qu'un seul professeur, ironiquement d'anglais, qui a su vraiment susciter l'intérêt de ses élèves pour la lecture. On lisait des grands classiques de l'histoire, puis on dissertait, on parlait des conflits observés dans le récit, du symbolisme utilisé par l'auteur, des significations qui y sont inhérentes, des liens qu'on peut faire avec la vie de tous les jours. Au final, je trouve ça triste que ce ne soit pas tout le monde qui ait vraiment la chance de découvrir la richesse des livres, parce que c'est avec eux qu'on découvre tant de choses.

Pour ma part, j'ai découvert la tristesse avec l'Ange de l'espoir de Mandino. La créativité, l'imaginaire avec la trilogie de Tolkien. L'intelligence à son état le plus brute avec Orson Scott Card. Le sarcasme avec Kurt Vonnegut. La complexité de la peur avec King. Le rêve avec Rowling. Le pouvoir avec Orwell. J'ai découvert des centaines d'univers et je trouve dommage qu'ils restent autant inexplorés.

jeudi 29 mai 2008

Décrochage

Alors que j'essaie d'éviter le Journal de Québec comme la peste par solidarité pour les lock-outés du Média Matin Québec, je suis à chaque jour tenté par des copies dudit journal placées un peu partout dans la salle de pause du Royaume du Pain. Dans les sombres jours où je suis sans compagnie, seul et sans roman, je m'égare à feuilleter la section éditoriale.

Cette semaine, je suis tombé sur le gros dossier que Québecor poussait fort sur toutes ces plate-formes: le décrochage. Ayant un frère très peu motivé par l'école et parce que c'est un enjeu social, le sujet m'a interpellé.

Perso, j'ai toujours eu une certaine facilité au niveau scolaire. Mes notes étaient correctes, j'investissais peu ou pas de temps dans mes études et j'avais des amis. Bref, rien pour avoir du trouble. Or, c'est loin d'être généralisé. Les chiffres m'ont fessé. Des écoles à 30-40% de décrochage, il y en a une pléthore. Qu'est-ce qu'on fait?

Pour moi, ça se résume en un mot. Compétition. Alors qu'avoir une évaluation quantitative plus que qualitative de ses compétences en milieu scolaire semble relever de l'exploit, il faut réinstaurer une compétition, soulever le défi et les passions, susciter une motivation qui semble s'en aller en s'effritant.

Depuis quelques années, on s'évertue à tenter de faire croire à tous que tout le monde est égal, tout le monde est aussi bon. Alors qu'on perd des heures à tenter de perpétuer ce leurre, la société elle n'en a que faire et la vérité demeure toujours aussi implacable, il n'en est rien. Pas de ruban bleu de participation dans la vraie vie, pas de collant pour une job mal faite.

J'ai eu vent d'une école à Montréal, avec le deuxième plus bas taux de décrochage si je ne me trompe pas, qui a décidé de divisé son école en 4, un peu à la sauce Harry Potter, et d'instaurer un système de point. C'est drôle à dire mais alors que je découvrais le sorcier et dévorais à satiété les romans de J.K. Rowling au début de mon secondaire, je me surprenais à espérer un tel système de pointage, un milieu où mes performances académiques seraient plus appréciées, valorisées.

Comprenez moi bien, il y a bien d'autres trucs à valoriser. L'excellence sportive, l'implication parascolaire, le théâtre, la musique, l'initiative générale, la lecture, etc. Et puis on dévalorise les suspensions, l'absentéisme en classe, les bagarres, vous comprenez le principe. On crée un système où on calibre chacun de ces trucs. Ça coute presque rien. On donne une journée à Valcartier ou à la Ronde aux vainqueurs. Une petite carotte au bout du bâton.

On tisse des liens entre des personnes qui autrement se seraient peu parlé. On donne une raison de plus de se lever à certains jeunes. On apprend à gagner et à perdre, c'est un peu ça la vie non? En valorisant une panoplie de domaines, il serait étonnant que chacun ne trouve pas une façon de contribuer, de faire partie d'un groupe. On utilise le côté ludique des jeunes à bon escient.

Et puis après, quand tu gagnes, tu te sens fier, tu veux récidiver. Tu perds? Tu veux ressortir plus fort, tu apprends à gérer une déception et après, lorsque tu as à gérer une tel situation dans la vie, tu es plus apte à rebondir, à choisir les bonnes solutions. Tellement de jeunes se suicident lors des premiers échecs qu'ils rencontrent, détruit par le sentiment de déception sans avoir quelqu'un derrière soi pour te dire "pas grave, tout le monde est bon".

Est-ce que je suis en dehors de la track ou bien il y a quelques choses là à utiliser? Et pourtant, je doute que le tout se propage. Le décrochage scolaire est entre les mains des commissions scolaires, ces champions de la non-solution...

samedi 24 mai 2008

As-tu peur?

Au départ, je n'avais aucune idée d'où me mènerait l'idée de faire un blog. Je me suis créer une adresse email, le_tapageur@hotmail.com, sans trop savoir, me disant qu'au pire je pourrais y faire dévier un max de pourriel quand je m'inscris à des maisons de sondage ou autres trucs douteux. Puis j'ai reçu quelques messages intéressants, quelqu'un de zélé me demandant étrangement conseil et certaines personnes m'ajoutant même à leur liste msn pour des raisons qui me sont inconnues. Globalement, je trouve ça intéressant, discuter avec des gens qui me sont étrangers, de choses et d'autres. Ça aura eu du bon ce truc de Taverne Silencieuse. Et pas que pour ça...

Et puis ce soir, quelqu'un parmi ces nouveaux contacts improvisés me demandait si j'avais peur. Si moi, qui supposément semble bien gros rationnel, avait des choses qui l'effrayaient.

J'y ai pensé un bout. Parce qu'au fond, la peur, c'est vague. Comment la définir avec exactitude, savoir en quoi elle consiste vraiment, où est la limite de l'angoisse, du doute, de l'incertitude par rapport à la peur. J'ai ce vieux réflexe d'associer peur avec vulnérabilité, comme si un n'allait pas sans l'autre, comme si l'absence d'effroi rendait invincible, sorte de pensée magique que j'entretiens depuis toujours parce que petit, l'école de la vie m'avait appris à ne pas montrer faiblesses.

Je crois qu'il y a l'irrationnel. Ou le subconscient. La peur des chiens, de l'eau, de traverser le pont en voiture. Plus de gens sont paralysés par ces peurs qu'on pourrait le croire à prime abord. Pour moi, c'est le vertige. Jeune bébé, j'étais debout sur mes jambes, déjà grand, et je pleurais, effrayé de m'asseoir, étourdi par les vapes d'une altitude somme toute illusoire. Aujourd'hui, j'ai des palpitations, je tremble, et je déteste ça à mourir... récalcitrance à la faiblesse.

Et puis il y a le reste. J'ai peur de vieillir seul, délaissé par ma famille ou mes enfants. Tant de personnes âgées croupissent tristement seules, abandonnées par une descendance prisonnière d'une vie où la cadence effrénée les amènent à oublier l'essentiel. J'ai peur de ne pas laisser de traces, m'évaporer et ne plus être qu'une épitaphe parmi des centaines d'autres dans un moribond cimetière. À un stade de ma vie, je demandais aux gens qui m'entouraient quel était le meilleur moyen de perdurer à la mort. Je crois qu'il s'agit d'avoir des enfants. J'ai peur de ne pas avoir cette chance.

J'ai peur de décevoir, les autres tout comme moi-même. Parce qu'avec une attente, quelle qu'elle soit, vient une pression, une expectative à vouloir rencontrer. Peur de ne pas devenir ce que je veux, peur de me tromper sur ma personne, peur d'avoir profondément tort.

Je réalise que j'ai peur de plusieurs trucs, et pourtant ça ne régit pas ma vie, du moins je crois. Est-ce normal d'avoir peur pour ces trucs? De quoi avez-vous peur?

mardi 20 mai 2008

La cabane dans le bois

Et si le Vide était la vie. Vous savez, le vide comme dans tombez dans le vide, ou comme dans faire le vide. Le vide comme dans sans filet, oser, plonger, risquer...vivre.

Je me souviens, il y avait cette petite cabane dans un arbre, lorsque j'étais jeune. Oh, pas un palace ni un chef d'œuvre d'architecture, mais elle dégageait pour moi quelque chose de beaucoup plus fort que tout château. Je l'avais construite au fil des jours, sous le regard approbateur du soleil qui chaque matin daignait se lever pour, j'en avais l'impression, superviser mon grand chantier!

Il y avait une planche, épave du plus grand bateau pirate du Pacifique, puis une autre, réputé incraquable puisque cadeau d'un grand tsar. Je me souviens aussi de ma corde que je croyais bien tissé à même la crinière d'une licorne. Mes clous et vis dont le métal était résultat d'une concoctation minutieuse d'un grand alchimiste! Que dire de mon télescope qui pouvait scruter jusqu'au bout du monde et avec lequel il me semblait pouvoir observer toutes les étoiles de la galaxie! J'avais cette corne qui avait sans le moindre doute été collecté à même le corps d'un chef de troupeau de mammouth et avec lequel je pouvais appeler à des milles à la ronde!

Je me souviens aussi de la hauteur et des planches que j'avais mises en guise d'échelle à même l'arbre. Chaque matin, toujours cette même peur et ce même vertige à l'idée de monter dans ce qui me semblait être la plus haute des tours! J'étais impressionné comme seul un enfant peut l'être, j'étais intimidé et apeuré. Et si je tombais? Et si une planche craquait? Et si... ?

Mais voilà qu'au loin, le soleil me souriait, me disait: ''Vas-y, allez jeune insolent!'', et encore, toujours, je me risquais et ne faisais ni une ni deux des dangers dont j'oubliais jusqu'à l'existence bien rapidement. Comment penser aux hauteurs affolantes et risques épeurants lorsqu'on plongeait dans un univers aussi riche, pur et cristallin que celui de l'imaginaire? J'étais absorbé par ces quêtes à remplir, ces missions rocambolesques aux allures titanesques qui mobilisaient toutes les parcelles de mon être de par leurs exquises saveurs qui collectaient l'entière attention de tous mes sens. Les journées étaient suspendues et j'étais à des centaines de kilomètres de chez moi! Je rêvais et vivait et ce, sans filet.

Puis voilà qu'aux étés succèdent les hivers et lentement ma tête s'approche du toit pour finalement faire contact avec de dernier et peu à peu j'en suis venu qu'à oublier ces journées, à oublier leurs sens et leurs richesses, leur vigueur qui faisait de moi, petit homme, le plus grand de la race, l'espace d'un instant. On en vient qu'à rire de soi, oublier qu'à une époque, c'était bien loin d'être ridicule. Au contraire, c'était capital! Et lentement, un peu plus chaque été, la cabane se délabrait jusqu'à ce que je n'y aille plus jamais.

Ô bien sur parfois j'y repense. Je reprends espoir en ce monde fabuleux, ce royaume des contes merveilleux, de l'imaginaire infini et de l'innocence d’immaculée pureté. Le temps d'un printemps, d'un amour, j'y repense bien à ce palace. Je me surprends même à en parler, à confier cet univers et ainsi vivre sans filet. Mais voilà, les chutes sont brutales et lentement on s'éloigne de ce monde, de nos rêves, de qui nous sommes...

mardi 25 mars 2008

Étoile Filante

Dimanche soir, lundi matin pour être vraiment juste, après une soirée relax à jouer aux cartes accompagné de quelques amis et de froids pichets, je décide de me promener un peu en T-Mobile après avoir effectuer les classiques lifts de retour de mes comparses. Dans mon lecteur cd, mon disque pour ces balades nocturnes où je vais rouler dans les parties les plus sombres et loin de la civilisation que ma ville peut m’offrir. Au menu, Heart of Gold et Hey Hey My My de Neil Young, Wild Word et Father and Son de Cat Steven, Time of Your Life de Green Day, Black Orchid de Blue October ainsi que Carrion de British Sea Power.

Je suis transporté par la nostalgie, une mélancolie assumée dans laquelle j’aime me plonger à l’occasion en contemplant le vaste monde où ma petitesse est criante. Je roule lentement, j’écoute la mélodie du mélange de la musique et du crissement de mes pneus avec le gravier qui constitue les sinueuses et éloignées routes que j’emprunte et me laisse bercer par mille souvenirs.

J’aperçois un homme qui marche. Son air m’est familier, sa démarche claudicante n’est pas sans me rappeler quelqu’un. Je le dépasse, jette un coup d’œil pour savoir à qui cette homme me fait penser…

Puis je me souviens. Mike, 3 étés plus tôt, j’avais fait sa connaissance d’une façon aléatoire, je ne saurais vraiment m’en rappeler. Issus de deux milieu différents, lui mon aîné de 5 ans, nous avions deux tempéraments différents, des personnalités opposées dont la connexion avait quelque chose d’imperceptible, d’inexplicable pour l’observateur rationnel. Je venais de finir mon secondaire, j’avais cette impression de puissance, l’ambition du jeune devant les possibilités infinies d’un avenir où les barrières semblaient absentes. Lui travaillait depuis 3 ans dans la même usine, sortait avec la même fille depuis 2 ans, avait des projets de famille, de maison, il croquait dans le juteux fruit de la vie qui pour lui était mûr.

Si j’avais à choisir mon plus bel été à vie jusqu’à présent, ce serait sans doute celui là. Je travaillais dans une petite épicerie et, étant le dernier jeune engagé, les heures n’étaient pas plus nombreuses pour mois la période estivale venue. J’avais donc beaucoup de temps libre. Je jouais au basketball, le soleil plombant sur moi alors que s’évaporait toute sueur au rythme de sa création. Je mangeais de la crème glacé, je me gavais de bouquin et vivait à la cadence de ces auteurs qui peuplaient ma vie, mon imaginaire. C’est sans doute à cette période que ma jeunesse fut la plus vivifiante : je n’avais pas encore subi de désillusion amoureuse, j’étais foncièrement naïf et j’ignorais presque tout de la cruauté si ce n’est que de ce que j’en avais lu. Et puis il y avait ces soirées avec Mike…

Il avait trouvé un endroit incroyable, une clairière dans une forêt qui berçait les limites du village. Le soir venu, on s’y allumait des feux, un ruisseau clapotait non loin et l’absence d’arbre nous laissait comme toit un ciel parsemé d’étoiles. Parfois entre deux chummys, souvent en groupe, toujours avec une guitare, nous y passions des soirées à chanter et à refaire le monde, le visage illuminé par la braise qui réchauffait l’air ambiant. Il y avait dans ces moments une absence totale de soucis, l’innocence dans sa quintessence, le plaisir d’une pureté à en être repu. Rien n’aurait su entacher ces moments où le temps semblait se suspendre, arrêter son court pour nous laisser goûter aux arômes de la savoureuse vie qui nous semblait alors si généreuse.

Puis l’été avait pris fin. À chaleur et loisir avaient succédé les froides brises automnales et obligations scolaires. Bien que rougeoyante, la nature nous avait abandonné tel un inquestionnable rappel que l’éphémère est une incontestable vérité. Nos vies divergentes avaient été catalyseur à notre éloignement à l’époque. Tandis que lui reprenait une vie de shop, 40 heures semaines où vendredi 5 heures arrivait comme salvation, j’entreprenais le CEGEP, je m’acclimatais à un nouvel environnement, un rythme de vie différent. On s’était vu moins souvent, non pas que nous nous entendions moins bien. Qu’un simple processus, le retour de la normalité où les mondes n’ont que faire de s’entrecroiser.

Et il y avait eu ce soir. La première neige de l’année était tombée pour venir maculer la verdure de son blanc caractéristique. J’avais le goût de lui parler. Il y avait cette superbe fille avec qui j’avais des affinités et dont la complexité de notre relation me chicotait. Je voulais savoir son opinion, prendre de ses nouvelles, être mis-à-jour quant à ses projets. C’est sa mère qui m’avait répondu. Je ne la connaissais pas, nos rapports s’étaient limités à deux brèves rencontres dans l’embrasure d’une porte.

Secoué à l’audition du nom de son fils, elle m’apprit que Mike avait mis fin à ses jours il y avait deux semaines de cela. Je fus dévasté par la violence du fait, par l’irrémédiable de la nouvelle qui alliait incompréhensible et déception dans un mélange d’une douleur explosive. Tout le monde avait été pris par surprise me dit-elle. Sa petite amie l’avait retrouvé dans le garage, pendu. Aucune lettre, rien pour expliquer cet abrupte geste posé par un gars ultra souriant, drôle, rempli de projet et positif. Néant pour parvenir à saisir ce qui avait pu le pousser, le motiver à commettre l’irréparable.

Je n’ai jamais su pourquoi. Encore aujourd’hui, je suis inapte à émettre la moindre hypothèse. Comme dans tant de cas du même acabit, l’incompréhension règne comme reine et maître. Je ne suis jamais allé voir sa tombe. Mis au courant trop tard pour avoir assisté aux obsèques, il y a devant cette matérialisation de la mort quelque chose de trop noir, trop sombre pour que j’ose m’en approcher. Sa présence fut courte dans ma vie mais comme les étoiles que nous aimions tant observer, bien que filante, il fut une des plus étincelantes jusqu’à présent dans ma vie.

Puis je sors de mes pensées…

Je dépasse l’homme, lui jette un regard pour découvrir, évidemment, que ce n’est pas Mike. Malgré tout, cette rencontre me laissa fort songeur. Soudainement, la nuit me semblait plus sombre.

vendredi 15 février 2008

Tireur fou...

Un autre tireur fou à décidé d'ouvrir le feu sur un campus quelque part chez nos voisins du sud. J'ai essayé de trouver un lien sur cyberpresse, rien trouvé sur la page principal. Ça illustre bien ce que je pense. On s'est acclimaté à l'horreur, à l'incompréhension, à la violence. On est loin de la commotion de Columbine, du docu de Michael Moore, du choc de Dawson. La folie, le rejet vécu par ces désaxés désespérés qui l'échappe en quête de vengeance ou de morbide gloire, c'est devenu quasiment banal... C'est à glacer le sang.

vendredi 7 décembre 2007

Amitié, cette éphémère

Je prenais une bière ou deux hier avec quelques amis dans un pub à propreté aussi nébuleuse que l’orientation sexuelle de John Travolta lorsque j’ai eu une espèce de révélation, une constatation à la fois réaliste mais désolante, enfin, un peu : Fort probable que dans 10 ans, je ne côtoierais plus aucun des 3 gars avec qui j’étais.

Je me suis posé des questions sur la nature des liens que j’entretenais avec mes amis. Je réalise que pour la plupart d’entre eux, nous n’avons aucune passion commune, la même vision de la société ou des tempéraments similaires. En fait, je ne sais même pas pourquoi nous sommes amis. C’est cru, mais c’est un peu ça. Ce sont souvent des amitiés de circonstance, plaisante certes, mais basé que sur du conjoncturel.

Soyons clair, j’adore actuellement passé du temps avec eux. Souvent, on rit bien, la bière est bonne, nous avons un intérêt pour chacun d’entre nous mais en fait, je réalise que 95% de nos conversations se résument à des anecdotes personnelles ou la rétrospective de nos années antérieures.

La plupart des personnes que je connais sont des gens bien, des types incroyables, des gens hyper drôles mais pourtant, j’ai souvent l’impression qu’il manque quelque chose, je ne saurais dire quoi.

J’adore la littérature, la musique progressive des années 70, la radio, la politique et le hockey. Les gens que je connaisse aime plutôt l’entraînement physique, les anime japonais, les jeux vidéo, le ski, le cinéma, le métal, les Cowboys Fringants. J’ai souvent l’impression d’être un espèce d’outsider quand nous sommes un gros groupe quelque part, je me dis ma relation avec eux est sans doute éphémère.

Je pense que j’ai un peu cette perspective depuis le cégep. Alors que la plupart de mes amis s’enlignait tous vers un cégep, j’ai fait à ma tête et je suis aller dans un cégep anglophone, ailleurs. Je continuais à faire des trucs avec mes "vieux" amis mais déjà, je sentais que moins de choses nous liaient. Il y a des gars que je connais depuis que je suis tout bambin que je vois désormais rarement pour ne pas dire jamais. Est-ce que ça me rend triste? Oui sans doute, mais c’est aussi un peu la vie… enfin, il me semble. Je pense que ce n’est pas d’être fataliste de penser que la même chose arrivera peu à peu avec une majorité de mes "amis".

Ô bien sûr, j’ai bien 2 ou 3 personnes en tête que je pense bien côtoyer toute ma vie, mais encore là, qui sait… Alors que j’étudie et serai sûr le marché du travail dans 2 ans et demi, des gens près de moi parte en voyage un peu partout dans le monde. Ils vont voir la France, la Bolivie, le Madagascar. Certains sont partis des mois durant et lorsqu’ils reviennent, ce n’est déjà plus comme avant. Ce sera quoi si je vais travailler à Toronto où ailleurs? Poser la question c’est y répondre…
J’essaie de me dire que je vais faire l’effort pour entretenir mes liens. Déjà là, faire l’effort, n’est-ce pas en soi la preuve que c’est dans la nature des choses que de perdre peu à peu ses liens? Ou peut-être suis-je un espèce d’ami déloyal inapte à bâtir des liens durables? Je ne sais bien pas.

Et puis quoi, peut-être que je vais revoir de bons amis après 5 ou 10 ans. Ce sera plaisant, convivial. On se racontera nos vies, nous nous rappellerons des anecdotes du passé, nous nous souviendrons de ce que nous aimions chez l’autre. Mais la personne qui sera en face de nous sera bien peu différente d’un inconnu, distincte d’un quidam que par une commune parcelle de vie depuis longtemps relégué au passé. Trop sombre comme portait, peut-être…

Je pense à plein de gens qui ne font plus parti de ma vie. Il y a cet ex demi-frère que j’ai côtoyé 5 ans et dont je n’ai aucune nouvelle depuis 3 ans, ce groupe d’amis avec qui j’ai partagé 2 ans de ma vie après m’être fait expulsé d’un école et que j’ai dégueulassement jeté ensuite comme l’idiot que je peux parfois être. Il y a un fantastique gars que j’ai côtoyé au cegep et que j’ai déjà peine à voir depuis 6 mois : The Warrior. Tout ça me rend triste.

Mais voilà, la vie suit son cours. Des gens quittent, d’autres arrivent. Je pense qu’il faut dire au gens près de nous à quel point ils sont merveilleux pendant le temps qu’on les côtoie car bien vite, il pourrait être trop tard…

mercredi 31 octobre 2007

Le blogueur lit de l'horreur


Le blogueur lit et regarde de la violence et, quoi que ça mère en dise, n’est pas fou. Je vous entends déjà être surpris. Et oui, le blogueur a bel et bien une mère, il n’est pas Dieu le Père. Pour en revenir à la violence, je lis à la fois du King et du Sénécal. Bien sûr, je ne lis vraiment pas que ça, mais disons qu’ils occupent une certaine place dans ma bibliothèque.


Ça commencé très jeune sans doute. Je lisais des Chair de Poule et des Frissons. Puis, en secondaire 3, j’ai découvert l’enfant maudit de la littérature américaine, le roi de l’horreur, l’écrivain du Maine, Stephen King. Dans l’espace de 4 mois, j’ai bien du lire une quarantaine de ses livres. Hein quoi!?! Le blogueur lit de ces écoeuranteries?


Bien oui, parce que l’horreur, c’est aussi du suspense, c’est la tension et ça peut aussi être des livres porteurs de message. Ça peut aussi être exorcisant. Prenons Ça de King, il s’agit là d’un livre libérateur qui traite des peurs de l’enfance, de leur irrationalité. Le tout, dans le cadre d’un livre fichtrement bon qui m’a procuré bien du plaisir au long de ses pages. Que dire des Sept Jours du Tallion, ce roman de Sénécal qui traite de la vengeance d’un père auprès de l’assassin de sa fille si ce n’est qu’il apporte à réflexion. Alors que A Time to Kill de Grisham joue dans les mêmes thèmes, je pense que Sénécal apporte autant d’eau au moulin que cet auteur dont la pertinence n’est jamais remise en doute.


Pourquoi l’horreur est-elle méprisée? Sans doute parce que la peur, ce n’est pas intellectuelle. De plus, la pléiade de films d’horreur n’étant autre que chevauchement de dégueulasseries n’aide en rien la cause des livres et films plus noir. Je suis allé voir Saw IV cette semaine. Je ne peux pas dire que je suis sorti de là en me posant de grandes questions sur la vie (mais bien plus en m’en posant sur les incohérences du scénario). Cependant, le suspense est poignant et m’a tenu en haleine tout autant qu’un film policier. Bref, dans un cas de la sorte, je comprends que la violence ne sied pas un but intellectuel, mais pas non plus au mépris qu’il subit.


«Oui mais voir autant de violence, ça rend nos jeunes violent…»


En toute honnêteté, je répondrai à ça «crotte de bœuf» (Bullshit!). Certains gens parlent de catalyseur, que si une personne a déjà des tendances violentes, ces films, livres et jeux violents les conforteront dans leurs pulsions. Serais-ce possible que plutôt, ce genre de choses soit exutoires pour ces gens? Si un jeune violent se défoule sur GTA, je fais le pari que cela pourrait le défouler bien plus que le contraire. La vraie violence négative, selon moi, c’est celle qu’on voit dans les bulletins de nouvelles. C’est le cadavre ensanglanté qu’on voit sur l’heure du souper, l’enfant démembré en première page du Journal. Je suis de ceux qui pensent qu’on se doit de garder une certaine naïveté sur notre monde et ce, jusqu’à un âge plus avancé que 4 ans. Dans notre société où les enfants se font mettre la réelle violence dans la figure à peine sortie de la poussette, je pense qu’on leur envoie comme message très rapidement que la violence fait partie de notre monde et malheureusement, trop peu de parent prennent le temps d’expliquer dès un jeune âge qu’il ne s’agit jamais là d’une solution. Et ça, c’est néfaste.


Bref, j’ai fait mon coming-out, je consomme de l’horreur et je m’assume! Que quiconque essaie de rire! Je suis préparé à l’abordage.


samedi 6 octobre 2007

Le dégel des frais??

Je me retrouvais sur un forum en cette fin de soirée tardive et on discutait ferme sur le dégel des frais de scolarité au Québec. Je décide donc d'ajouter mon grain de sel et parle parle, jase jase, le texte s'est agrandit pour devenir de quoi d'un peu plus gros. Je vais donc abuser d'interconnection entre les salles de presse du service d'information Houde et recopier mon texte ici. Comme il n'y a pas de syndicat, personne ici pour s'insurger de perte d'emploi où de perte de qualité d'information. Nenon, le bloggeur utilise son même texte a autant d'endroit qu'il le veut mais sachez, bien évidemment, que vous êtes mes privilégiés. vous mes 3 lecteurs et demi!

Voilà donc:
La question de frais de scolarité en est une de surface à mon avis. Plus tôt dans le topic, des gens parlaient de la Suède. Il ne faut pas oublier que le Québec a subit une croissance phénoménale durant les décennies 60 et 70. Alors que durant les années antécédentes, le Québec faisait figure de vache maigre en Social Démocratie (on se souvient de la grande noirceur Duplessiste), les gouvernements successif de Lesage, Bourassa et Lévesque ont appuyé sur la marche rapide afin de ''moderniser'' le modèle québecois. En Europe, l'évolution vers la social démocratie c'est faite à un rythme beaucoup plus progressif et dans un climat de consultation publique dans beaucoup de cas.

Le résultat de tout ça, c'est un système aux multiples lacunes dûs à la rapidité de sa création. Alors que certains pays ont étalé leur ''évolution'' sur plus de 120-130 ans, le Québec lui, l'a fait en 20 ans. Dans un système confédérationelle où les champs de compétence sont sans cesse remis en question, la création de nos Institutitons voyait ses architectes changés de façon constante. Résultat, un système de collematage de brèche créé à l'aveuglette et dont les fondations sont instables parce que baclés.

Statistique Canada nous apprenait en 2006 que 1$ investi en Santé est mieux rentabilisé partout au Canada vs le Québec. Au Québec, on investit plus d'argent par habitant pour moins de résultats. Pour l'Éducation, le système de pointe dans le monde est celui de la Finlande. Là-bas, l'État investis environs 7500$ par étudiant (primaire et secondaire) vs 11 000$ au Québec. En Finlande, on observe un ratio jusqu'à 4 fois plus élevés d'orthopédagogue et de psychologue en milieu scolaire ainsi que des classe par enseignant contenant 20% moins d'élèves. Tout ça pour 3500$ de moins par étudiant, je vous le rapelle. Ces 2 exemples nous montre qu'énormément d'argent est gaspillé dans notre système qui est tel une éponge.

Quand on sait qu'actuellement au Québec, on remplace 2 fonctionnaires qui vont à la retraite par 1 seul, on réalise qu'il y a beaucoup trop de gens dans l'appareil gouvernemental. De plus, tous et chacun ne se sent pas responsable de l'argent de l'État. On se souviendra du scandale de la construction du Stade Olympique. Il n'y a pas cette espèce de conscience collective qui prend extrêmement longtemps à installer (voir Europe). Pour toute ces raisons, notre système tire de la patte. C'est normal, notre société est jeune de 400 ans. Il faut accepter que notre place parmi les pays les plus industrialisés en est une de leurre et de mirage. Derrière cette grande croissance se cachent des faiblesses. C'est pourquoi on se retrouve avec des routes en décripitudes, des hopitaux désuets et des écoles disfonctionnels.

Il faut donc se demander quelle est la solution. Comment pallier à ces dépenses mal rentabilisé ou à ce sous-financement (parfois les deux). Pour l'Éducation, on a choisi d'augmenter les frais de scolarité. C'est le principe de l'utilisateur payeur. On peut en penser ce que l'on veut mais si on veut conserver un système d'éducation respectant des normes minimales internationales d'excellence, il faudra à court terme une plus grande rentrée d'argent. On pourrait se tourner vers une plus grande collection d'impôt me direz-vous? Le Québec est la nation la plus imposée en Amérique du Nord et les contribuables sont endettés jusqu'au coût. La Société des Actuaires (SOA) nous apprenait cette été que les Canadiens et surtout Québecois moyen avait une quantité considérablement trop petite d'économie pour la retraite. Notre province ne se remettra pas du danger de survivance qui guette notre sociétés modernes. On s'en va vers une récession énorme. Il serait dur de penser à une plus grande imposition sur le salaire des travailleurs qui déjà, par manque de connaissance économique ou insouciance, courent ver la ruine.

Certains pourraient avancer l'idée de tout mettre sur le dos de la dette. Au Québec, le plus gros porte-feuille du Budget Annuel est pour la Santé. Le second à l'Éducation. Jusque là, tout va bien. Mais le troisième plus gros porte-feuille est utilisé à payer les INTÉRÊTS de nos emprunts. C'est de l'argent gaspillé qui ne sert à rien. Elle s'en va tout simplement ailleurs et ne diminue même pas la dette! On se doit de payer ces intérêts cependant, il en va de la crédibilité de notre économie à travers le monde et de notre côte de crédit dans les grand centre boursier (Shangai, New York, etc.).

Donc, on se doit de réduire la dette. C'est capital! (sans jeu de mot ) On réduira ainsi le montant à payer en intérêt et libèrera de l'argent qu'on pourra utiliser ailleurs. À mon humble avis, la réduction de la dette, de façon immédiate (5-10 ans) passe par les principes d'utilisateur-payeur (augmentation de frais de scolarité, ticket modérateur, etc). D'ailleurs, la Suède a un système de ticket modérateur en santé.

On est bien loin de la maturité du peuple Suédois. Ce dernier a un taux d'imposition qui frole le 80% tout en permettant à de très grande entreprise de performer ex: IKEA. On peut s'inspirer de ce pays mais les mesures immédiates que nous devons prendre pour tendre vers la direction suédoise seront douloureuse et chacun devra payer un peu plus. En commençant par les étudiants. Peut-être, après, on pourra songer à la gratuité scolaire mais pour l'instant, avec notre système, penser à un dégel est un illogisme total. L'indexation est nécessaire, c'est le minimum vu le type de système en place. La mesure de Parizeau, le gel des frais, en était une qui aurait dû rester temporaire, 2 peut-être 3 ans. Autrement, on court à notre perte et ce, à vitesse grand V.

Il est tard, excusez toutes fautes qui aurait pu se glisser malencontreusement dans le texte, je vous en serais reconnaissant :P